Octobre 2007

Circulaire informative

 

L’information contenue dans cette Circulaire revêt un caractère général et ne constitue pas un conseil juridique

 

TRANSPORT ET LOGISTIQUE

 

LE PROJET DE LOI GÉNÉRALE RELATIVE À LA NAVIGATION MARITIME

 

Genèse du projet de loi. (Informations complémentaires)

Structure du projet de loi. (Informations complémentaires)

Dispositions générales. (Informations complémentaires)

Réglementation administrative de la navigation. (Informations complémentaires)

Statut juridique du navire. (Informations complémentaires)

Les sujets de la navigation. (Informations complémentaires)

Les contrats d’utilisation du navire. (Informations complémentaires)

Contrats accessoires de navigation. (Informations complémentaires)

Les accidents de navigation. (Informations complémentaires)

La limitation de responsabilité. (Informations complémentaires)

Assurance maritime. (Informations complémentaires)

Spécificités procédurales. (Informations complémentaires)


 

LE PROJET DE LOI GÉNÉRALE RELATIVE À LA NAVIGATION MARITIME (I)

 

Genèse du projet de loi.

Le ministère de la Justice espagnol a publié, au mois de novembre 2004, la proposition d’avant-projet de loi générale relative à la navigation maritime (« ALGENMAR »). Cette proposition d’avant-projet fut le fruit du travail de la section spéciale pour la réforme du droit de la navigation, de la section de droit commercial de la Commission générale de codification, présidée par le Professeur Justino Duque. Une fois approuvé le texte de l’avant-projet de loi générale relative à la navigation maritime par le Secrétariat général technique du ministère de la Justice espagnol le 25 juillet 2006, le ministre de la Justice présenta un rapport lors de la réunion du Conseil des ministres le 25 août 2006, durant lequel il fut approuvé de soumettre le texte pour avis au Conseil général du pouvoir judiciaire (« CGPJ »), ainsi que pour sa consultation formelle aux organisations les plus représentatives du secteur concerné par la norme, afin de le soumettre, de nouveau, au Conseil des ministres en vue de son approbation comme projet de loi et son renvoi devant le Parlement.

Le CGPJ ayant émis son rapport, il est procédé à une série de modifications au texte, suite auxquelles un projet de loi est remis au Parlement, publié dans le Journal officiel de ce dernier, le 10 novembre 2006 (« PL »).

 

Structure du projet de loi.

Le PL est composé d’un titre préliminaire et de neuf titres, sept dispositions additionnelles, une disposition transitoire, une disposition dérogatoire et six dispositions finales. Les matières couvertes par les différents titres sont : la réglementation administrative de la navigation (Titre I), les véhicules de la navigation (Titre II), les sujets de la navigation (Titre III), les contrats d’utilisation du navire (Titre IV), les contrats accessoires de navigation (Titre V), les accidents de la navigation (Titre VI), la limitation de responsabilité (Titre VII), le contrat d’assurance maritime (Titre VIII) et les spécificités procédurales (Titre IX). Au total, 541 articles.

Il s’agit d’une oeuvre extrêmement ambitieuse où, sous un corps unique de normes, l’on prétend recouvrer les différentes matières qui constituent ce que dénomme aujourd’hui la doctrine comme le droit de la navigation maritime, concept qui, compte tenu de son ampleur, a dépassé les limites du droit maritime traditionnel. Ainsi, d’une discipline qui constituait une simple annexe au droit commercial, nous passons à une autre discipline beaucoup plus étendue, qui a gagné en autonomie et identité propres, et qui couvre des matières appartenant tant au droit public qu’au droit privé.

 

Dispositions générales.

Sous cette dénomination sont régulés, dans le Titre préliminaire du PL, son objet et son domaine d’application (art. 1), la hiérarchie des normes (art. 2) et la détermination des zones et des eaux sur lesquelles l’Espagne exerce sa souveraineté (art. 3 à 8).

Constitue l’objet de la future loi la régulation des situations et relations juridique nées « à l’occasion de la navigation maritime ». Il convient de noter qu’il n’est pas fait mention du terme « commercial », et l’on comprend ainsi que se trouve inclus dans le domaine d’application du PL tout type de navigation maritime (de plaisance, scientifique, de pêche, etc.). En revanche, se trouve exclue la navigation sur les eaux intérieures, fleuves et barrages non accessibles par les navires depuis la mer. Cependant, élargissant les dispositions de l’ALGENMAR, le législateur a cru opportun de préciser que la loi se trouvera également applicable aux « parties navigables des fleuves où il existe des ports d’intérêt général » (ex : navigation sur le Guadalquivir jusqu’au port de Séville).

Concernant la hiérarchie des normes et au vu des critiques que suscita, dans certains secteurs, la rédaction de l’algenmar, l’article 2 du PL prévoit clairement la primauté des traités et conventions internationales auxquels l’Espagne est partie, ainsi que de la norme communautaire.

Cette question est liée à l’importance incontestable que revêtent les conventions internationales dans la sphère maritime et qui d’ailleurs régissent une grande partie des matières elles-mêmes régulées par le PL, ce dernier retranscrivant littéralement un grand nombre de dispositions de conventions internationales ratifiées par l’Espagne, y compris d’autres conventions qui n’ont pas encore été ratifiées (Convention de Genève de 1999 relative à la saisie conservatoire de navires).

Enfin, quant aux zones et eaux sur lesquelles l’Espagne exerce sa souveraineté, le PL se limite à reproduire des dispositions contenues dans la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer du 10 décembre 1982 (connue sous la dénomination de « Convention de Montego Bay »), à laquelle l’Espagne est partie.

 

Réglementation administrative de la navigation.

Sous cette dénomination, le Chapitre I du PL réglemente, dans ses articles 9 à 106, le domaine d’application des normes de police, le régime de séjour dans les eaux intérieures et dans les ports, le régime général de la navigation maritime, le droit de passage inoffensif sur la mer territoriale, la sécurité de la navigation maritime, la lutte contre la contamination, la recherche et le sauvetage de vies en mer, les facultés d’interception, inspection et détention de navires, les remorquages, les navires battant pavillon étranger et les obligations s’imposant aux armateurs et capitaines pour des causes d’utilité publique ou d’intérêt social.

Il est aisé de constater que nous nous trouvons face à des normes administratives qui réglementent un éventail de matières prétendant établir les normes de police applicables à la navigation maritime. Le modèle qui a inspiré le législateur est contenu dans les dispositions de la Convention de Montego Bay précitée, qui réglemente les droits de l’État riverain concernant la réglementation de la navigation maritime sur les eaux qui dépendent de sa souveraineté.

Concernant le domaine d’application des normes de police, sont soumises à celles-ci (i) tous les navires se trouvant dans les zones espagnoles d’intérêt pour la navigation et (ii) les navires et embarcations nationales, indépendamment de leur lieu de situation. À la différence de algenmar, il est prévu dans le PL que sont régulées par des dispositions réglementaires les spécificités en matière de normes de police se trouvant applicables aux « navires sportifs et de plaisance » (art. 11.3). Cette prévision est à saluer compte tenu du fait que l’application directe à la navigation de plaisance des normes pensées spécifiquement pour les navires de navigation maritime commerciale ou marchande résultait, évidemment, disproportionnée. Nous supposons que, peut-être, le PL aurait pu aller encore plus loin, évitant ainsi que la navigation de plaisance soit l’objet d’une réglementation autonome et indépendante, comme cela est le cas dans des pays voisins, tels que l’Italie.

Une autre considération qui caractérise ce Chapitre I est le renvoi continu à un développement réglementaire postérieur qui a été justifié par des raisons techniques, de politique législative ou simplement juridiques.

En ce qui concerne les dispositions portant sur le régime de séjour des navires dans les eaux intérieures et dans les ports, il convient de noter que l’entrée des navires, peu important leur nationalité, dans les ports (art. 13), y compris l’accostage forcé (art. 15), pourra être prohibée ou conditionnée à des raisons d’urgence ou de risques spécifiques pour la santé publique « conformément aux dispositions de la norme applicable », l’autorisation d’entrée étant subordonnée au respect de ladite législation (art. 13.2 et, dans un sens identique, l’art. 74). Ces dispositions gardent une relation étroite avec les lieux de refuge objet de contestations. En droit espagnol, le décret royal 210/2004 du 6 juin 2004, dans ses articles 20 à 24, établissait déjà un système de suivi et d’information sur la circulation maritime.

Par ailleurs, est établie la faculté du directeur général de la Marine marchande d’octroyer, pour des raisons de nécessité ou d’intérêt public, la fermeture temporaire des eaux intérieures, ports et terminaux, à la navigation des navires (art. 14). En outre, et entre autres problématiques, sont réglementées les obligations et responsabilités des capitaines, armateurs et consignataires devant la présence de passagers clandestins à bord (art. 17), ainsi que les possibilités d’assistance, de la part de l’Administration maritime ou portuaire, en matière d’amarrage ou de mouillage temporaire de navires inactifs (art. 24), d’intervention face à des naufrages potentiels (art. 25), de destruction de navires (art. 26) ou en matière de cession de navires (art. 29).

Concernant le régime général de navigation maritime, bien que soit reconnu le droit de passage inoffensif des navires sur les zones espagnoles de navigation, sont établies des conditions, exceptions ou limitations à ce principe pour des raisons qui ont essentiellement trait à la sécurité ainsi qu’à la protection du milieu marin. Est réglementée expressément la prohibition de détention ou mouillage en dehors des zones de service des ports, à l’exception des cas de force majeure. De la même manière, sont contenues des normes spécifiques pour la navigation des sous-marins, navires de pêche ou de recherche.

La régulation du Chapitre dédié à « la lutte contre la contamination » s’inspire de diverses conventions internationales dont l’Espagne est partie, régulant ses différentes matières, telles que la contamination opérationnelle (régulée par la Convention internationale pour la prévention de la pollution des navires, connue sous l’acronyme MARPOL), ou la contamination par déversement (Convention de 1972 pour la prévention de la contamination de la mer par déversement de déchets et autres matières), ou la contamination par accidents ou accidentelle (Convention de 1969 relative à l’intervention en haute mer en cas d’accidents causant ou pouvant causer une contamination par hydrocarbures) et, entre autres aspects, par la Convention de 1990 relative à la coopération, préparation et lutte contre la contamination par hydrocarbures.

Enfin, le Titre I consacre ses derniers chapitres à l’introduction d’une régulation élémentaire concernant la recherche et le sauvetage de vies en mer, les facultés d’interception, inspection et détection de navires, en cas de déplacement du navire, concernant la navigation des navires d’État, ou en matière d’obligations s’imposant aux armateurs et capitaines de navires pour cause d’utilité publique ou d’intérêt social.

 

Statut juridique du navire.

Sous la dénomination « Des véhicules de la navigation », le Titre II contient une régulation complète du statut juridique du navire. Après les premiers articles qui se réfèrent à trois catégories différentes de « véhicules de la navigation » (navire, embarcation et engin naval) s’occupant de définir leur différentes configurations physiques et dimensions, est régulée de manière détaillée la publicité d’enregistrement du navire. Est maintenue la dualité concernant l’enregistrement, les navires et embarcations devant être inscrits à la Section des navires du Registre des biens meubles et au Registre des navires et des armateurs dépendant de l’Administration maritime. Les rédacteurs du PL se sont tout spécialement employés à distinguer les fonctions et délimiter la compétence qui correspondent à chacun, ainsi qu’à rechercher la nécessaire coordination, imposant, en ce sens, des obligations très claires et non de simple déclarations d’intention (art. 116). En outre, ont été réglementés de manière détaillée les principes régissant l’inscription des navires et embarcations dans la Section des navires du Registre des biens meubles : leur caractère public, ainsi que les principes de liberté de forme, de légalité, de légitimation, de foi publique du registre et indisponibilité à l’égard des tiers des actes sujets à inscription qui n’ont pas été dûment inscrits ou annotés (art. 123 à 127).

Est réglementée la documentation qui devra obligatoirement être conservée à bord de tout navire national qui, outre les certificats correspondants selon les conventions internationales auxquelles l’Espagne est partie, devront figurer le certificat d’immatriculation, la lettre de mer, la licence de navigation, le journal de bord, le livre des machines et, le cas échéant, le carnet de navigation et l’attestation d’assurance. Concernant les navires de plaisance ou sportifs ainsi que pour les embarcations, est prévue la possibilité d’établir un régime simplifié de documentation. De la même manière, sont prévues, pour les navires, les conditions d’obtention de la nationalité espagnole, qu’elle soit définitive ou temporaire, ainsi que les hypothèses de changement de pavillon.

Le PL traite pour la première fois des sociétés de classification de navires, leur rôle dans le domaine de la sécurité maritime, ainsi que des responsabilités auxquelles elles peuvent s’exposer, que celles-ci soient de nature contractuelle ou extracontractuelle. Il s’agit là d’une matière ayant une répercussion publique toute particulière suite aux accidents pétroliers de l’ « ERIKA » et du « PRESTIGE ».

Le Titre II régule, avec une certaine prolixité, les contrats de construction navale et de vente de navires, ses dispositions ayant clairement un caractère supplétif. À cet égard, il convient de rappeler que, dans la pratique habituelle, les parties utilisent généralement divers formulaires de grande diffusion sur le marché international, le législateur s’étant borné à établir une série de normes, bien qu’essentielles, ayant uniquement un caractère supplétif. En matière de contrat de construction de navires, aura uniquement la considération de norme impérative la prohibition d’exonération ou limitation de responsabilité du constructeur en cas de dol ou de faute grave.

Ce Titre s’achève en réglementant les droits de garantie sur les navires. Concernant les privilèges maritimes, le législateur a opté, en dernière analyse, pour un renvoi exprès aux normes de la Convention de Genève de 1993 relative aux privilèges maritimes et à l’hypothèque navale, bien qu’il ait maintenu un privilège discutable concernant la flotte des navires exploités par la même entreprise ou groupe d’entreprises, lorsqu’il est impossible de déterminer le navire à bord duquel est né le privilège relatif aux salaires et autres sommes dues au capitaine et autres membres de l’équipage du navire, dérivés de leur contrat. En revanche, il a été opté pour l’exclusion des créances de substitution.

Compte tenu du fait que le PL déroge à la loi espagnole relative aux hypothèques navales de 1893, y est contenue une régulation détaillée des singularités de l’hypothèque navale, le tout sans préjudice du renvoi à la loi espagnole relative aux hypothèques pour toutes les hypothèses non régulées par le PL.

 

Les sujets de la navigation.

Suite à une importante polémique suscitée par les armateurs espagnols, le PL a opté pour ne pas assimiler la figure de l’ « armateur » avec celle de compagnie maritime. Ainsi, par armateur, l’on entend celui qui étant ou non propriétaire, bénéficie de la possession d’un navire ou d’une embarcation, directement ou à travers de ses préposés, et le dédie à la navigation en son propre nom et sous sa responsabilité. Pour sa part, correspond à la définition de compagnie maritime la personne physique ou morale qui, utilisant des navires marchands lui appartenant ou appartenant à des tiers, se consacre à leur exploitation, même lorsque cette activité ne constitue pas son activité principale, sous toutes modalités admises par les usages internationaux. Alors que concernant le concept d’armateur, l’accent est mis sur la possession, dans le cas de la compagnie maritime, le caractère fondamental réside dans l’exploitation du navire ou des navires, qui n’implique pas toujours leur possession. Par ailleurs, est établie une présomption juris tantum de la condition de propriétaire vis-à-vis de l’armateur lorsque ce dernier se trouve inscrit sur le Registre des biens meubles.

À coté de la figure juridique de l’armateur et de la compagnie maritime, est prêtée une attention toute particulière à la régulation de l’équipage et, plus particulièrement, à celle du capitaine, indiquant les diverses fonctions qui de nos jours sont les siennes, très différentes de celles qu’il exerçait au XIXe siècle, lorsque fut promulgué le Code de commerce.

 

Les contrats d’utilisation du navire.

Le PL recouvre quatre types de contrats d’utilisation du navire : le contrat de location, le contrat d’affrètement − figure centrale de sa régulation, qui couvre le connaissement d’embarquement −, le contrat de passage et le contrat de remorquage. Afin de réguler cette matière, le PL fait de l’affrètement le véritable contrat de transport, procédant à sa comparaison pratique. Il s’agit de surmonter la traditionnelle controverse doctrinale relative au fait de savoir si l’affrètement constitue ou non une figure juridique autonome du contrat de transport, s’appuyant sur la seconde des thèses selon laquelle le contrat d’affrètement et le contrat de transport sont identiques. A ce sujet, bien que l’on comprend qu’il existe des exceptions concernant la finalité prétendue avec celle de l’affrètement de navire − qui n’est pas nécessairement la prestation d’un service de transport −, le PL préfère laisser en dehors de ce régime juridique unique d’affrètement le contrat de navires destinés à d’autres fins (pose de câbles, recherche océanographique, navigation nautique). Concernant ces derniers, le PL consacre l’article 261 aux dénommés « contrats d’utilisation du navire sans transport », établissant une application limitée des dispositions de régulation de l’affrètement. Sur cette question particulière, se sont fait entendre des voix proposant que la future loi comprenne, compte tenu de sa singularité, une régulation du « charter nautique », bien que d’autres opinions défendent une régulation autonome de la navigation de plaisance, en dehors de la future loi générale.

Furent l’objet d’une discussion particulière les normes délimitant le régime de la responsabilité du porteur maritime. ALGENMAR, après avoir repris la solution inspirée des Règles de Hambourg, règles techniques les plus modernes (bien que peu accueillies), l’apparition d’une forte opposition des armateurs et compagnies maritimes à recevoir, dans l’ordre juridique espagnol, cet ensemble de normes étrangères aux pays voisins, comptant toutefois un certain nombre d’exceptions (ainsi les pays scandinaves, bien qu’avec quelques nuances), a conduit le législateur à s’incliner finalement à un renvoi au régime de responsabilité actuellement en vigueur en Espagne, composé d’un ensemble de normes communément connues sous l’expression « Règles de la Haye-Visby » (art. 315.2).

Il convient également de noter qu’une lecture des différents articles que le législateur consacre au contrat d’affrètement révèle que lors de leur élaboration, ont été pris en compte les formulaires-types ou modèles de contrats habituellement utilisés dans la pratique internationale et qui jouissent d’une plus grande diffusion. Dans tous les cas, lesdits articles présentent un caractère supplétif particulièrement marqué.

 

Contrats accessoires de la navigation.

Le Titre V du PL prévoit une régulation actuelle du contrat de gestion maritime, figure juridique amplement diffusée de nos jours dans la pratique maritime, ayant pris en considération les modèles suivis par les formulaires les plus utilisés (ceux élaborés par la BIMCO). Comme cela est expliqué dans l’exposition des motifs, dans le cas de la gestion maritime, il s’agit, entre autres choses − mais pas uniquement − de fournir une aide professionnelle à ceux qui, après être devenus propriétaires, se sont convertis en armateurs ou compagnies maritimes, sans le savoir, en leur permettant de cette manière d’engager un expert afin qu’il s’occupe de la gestion du navire en matière commerciale, nautique, sociale et d’assurances.

Avec un effort clairement protecteur vis-à-vis des tiers concluant un contrat avec ces gestionnaires maritimes, le PL prévoit que si, lors de l’engagement d’un gestionnaire maritime, le contrat ne mentionne pas sa qualité de mandataire de l’armateur, en indiquant l’identité et le domicile de celui-ci, le premier engagera sa responsabilité solidairement avec le second, responsabilité solidaire qui est, de fait, celle précisément suivie dans le cadre des relations extracontractuelles. Tel que cela est applicable à l’armateur ou à la compagnie maritime, cette responsabilité peut faire l’objet de limitation.

Concernant le contrat de manutention portuaire, il convient de signaler que, malgré l’importance des terminaux portuaires de nos jours, jusqu’à présent, ont échouées les tentatives internationales tendant à ce qu’entre en vigueur la Convention de Vienne du 19 avril 1991, relative à la responsabilité des exploitants de terminaux de transport dans le commerce international. Compte tenu de l’absence de réglementation relative à cet opérateur tant fondamental des secteurs maritime et portuaire que sont les entreprises de chargement et déchargement ou terminaux de transport, le législateur réglemente le contrat de manutention portuaire dans les articles 360 à 369 du PL, portant une attention particulière à leur régime de responsabilité. Bien qu’il soit prévu que, lors de la prestation de leurs services, ces entreprises soient assujetties à un régime de responsabilité pour faute présumée, un droit de limitation de leur responsabilité (art. 365) ou de retenue des marchandises en leur pouvoir pour sûreté du versement du prix dû au titre de leurs services (art. 369), leur est désormais reconnu en contrepartie.

Le Titre V du PL réglemente également le contrat de consignation de navires. Le législateur a souhaité fixer clairement le fait que, dans les hypothèses dans lesquelles le consignataire conclut un contrat au nom de son commettant, il n’aura pas à répondre en qualité de transporteur, bien qu’il soit habilité à signer les connaissements d’embarquement, à moins qu’il ne procède pas à l’identification de l’armateur ou de la compagnie maritime au nom duquel ou de laquelle il agit, devant alors répondre solidairement avec celui-ci ou celle-ci dans de tels cas (art. 352). L’on prétend ainsi mettre définitivement fin à l’historique, bien qu’injustifiée, imputation de responsabilité au consignataire pour les dommages que peuvent souffrir les marchandises durant le transport maritime réalisé par la compagnie maritime dont les navires font l’objet de la consignation. Une définition incorrecte de la compagnie maritime à l’article 586 du Code de commerce espagnol (reprise dans l’article 3 de la loi de transport maritime espagnole de 1949), jointe à une interprétation jurisprudentielle malheureuse, a conduit à comparer les compagnies maritimes aux consignataires de navires en matière de responsabilité. Bien que dernièrement, les juridictions espagnoles ont rendu diverses décisions dépassant cette comparaison, il faut espérer que le nouveau texte, une fois approuvé, permettra de surmonter définitivement cette querelle.

Enfin et concernant le lamanage, ressort le caractère de conseil technique du service que prête le lamaneur au capitaine et, par conséquent, à son armateur, concernant la réalisation des diverses opérations et manoeuvres permettant l’entrée et la sortie des navires des eaux portuaires dans des conditions de sécurité. Cela n’empêche pas de mettre l’accent sur l’obligation de collaboration réciproque entre le lamaneur et le capitaine (art. 357), ce dernier assurant la direction nautique du navire et décidant en dernière instance (art. 358).

Suivant la ligne déjà établie par le Règlement général espagnol relatif au lamanage de 1996, le PL qualifie comme faute exclusive du lamaneur celle commise à l’égard de tous les éléments qui dépendent exclusivement de lui (inexactitude ou omission du conseil nécessaire, ou faute de l’appui technique requis), imputant au contraire au capitaine la faute ou le suivi défectueux d’instructions correctes et opportunément reçues, ainsi que l’incapacité d’indentification d’instructions insuffisantes, ou encore, le rejet d’instructions erronées. Compte tenu de la fréquente confluence de fautes partagées, l’Exposition des motifs indique que le PL souhaite également que, lorsque coïncide une faute du capitaine ou de l’équipage du navire, son armateur doit supporter les dommages propres et dédommager également les dommages causés aux tiers, le texte précisant que tous les sujets qui ont concouru au dommage (armateur, capitaine, lamaneur) sont responsables solidairement, sans préjudice des actions récursoires qui correspondent à chacun d’entre eux suivant leur contribution au dommage (art. 359).

 

Les accidents de la navigation.

Sous cette rubrique, sont régulés l’abordage, l’avarie grosse, le sauvetage, le régime juridique applicable aux biens naufragés ou immergés ainsi que la responsabilité civile en raison de la contamination.

Concernant l’abordage, le législateur renvoi cette matière aux dispositions de la Convention de 1910 y relative. Bien que la définition du navire (art. 370) exige l’existence d’une collision entre deux navires, la nouveauté de la régulation se trouve dans l’extension de son domaine d’application à des hypothèses dans lesquelles la manoeuvre d’un navire peut provoquer des dommages à un autre navire sans même qu’il y ait de contact physique entre les deux (ex. : par l’effet de la vague générée), hypothèses qui, traditionnellement, n’étaient pas qualifiées d’abordage. Une autre nouveauté notable de la réglementation projetée est l’accueil du critère de proportionnalité concernant l’attribution de responsabilités dans le cas d’un abordage fautif bilatéral à l’égard de dommages propres (à la différence de la solution de l’article 827 du Code de commerce espagnol, qui plaidait pour que chaque partie réponde de ses propres dommages), bien que soit maintenue la responsabilité solidaire concernant les dommages matériels causés à des tiers (art. 372 PL).

Concernant l’avarie grosse, le PL contient une série de normes supplétives, faute d’accord entre les parties (art. 387). En matière de sauvetage maritime, le PL s’en remet au régime de la Convention internationale de 1989 qui, récemment, est entrée en vigueur en Espagne. Il convient de remarquer que le sauvetage peut avoir lieu dans les eaux portuaires (« sur toutes les eaux navigables »). Il est également à noter que, conformément à la Disposition additionnelle nº 4, il est attribué compétence à la juridiction ordinaire pour connaître des réclamations pour sauvetage, matière qui, jusqu’alors, était attribuée aux tribunaux maritimes permanents « Juzgados Marítimo Permanentes » et au Tribunal maritime central « Tribunal Marítimo Central », qui devront disparaître compte tenu de la dérogation prévue par la loi 60/62, le tout sans préjudice de la compétence des tribunaux arbitraux maritimes qui pourraient être crées et connaître de ces litiges en cas d’accord entre les parties intéressées.

Les normes relatives au sauvetage pourront également être applicables aux biens naufragés. Concernant ces biens, le PL établit des normes spécifiques régulant les droits de propriété et le régime des extractions. Concernant la première question, le PL établit que le naufrage ou l’immersion d’un navire ou d’autres biens n’affecte pas la propriété ou n’entraîne pas sa qualification de « res nullius », l’abandon ayant uniquement lieu par volonté expresse du titulaire (art. 404). Une fois le délai de trois ans écoulé à compter de l’immersion ou naufrage dans les eaux intérieures espagnoles ou dans la mer territoriale, l’État deviendra propriétaire de tout navire ou bien, indépendamment du fait que ses titulaires soient espagnols ou étrangers, à moins que le délai de prescription acquisitive ait été suspendu par la présentation d’une demande d’extraction initiant ledit délai (art. 405 à 406). Une règle identique est prévue pour les navires ou biens naufragés ou immergés se trouvant dans la zone économique exclusive ou en haute mer uniquement lorsqu’ils sont la propriété de ressortissants espagnols.

Concernant les extractions, il convient seulement de souligner que sont soumises à une autorisation de l’Administration maritime les opérations d’exploration (art. 407) et d’extraction (art. 408) des navires et biens immergés dans les eaux intérieures espagnoles ou dans la mer territoriale.

Enfin, concernant la responsabilité civile en matière de contamination, il convient uniquement de relever que cette norme se trouvera applicable aux hypothèses non couvertes par les Conventions internationales auxquelles l’Espagne est partie. Dans sa réglementation, le PL, bien qu’il suive le principe de « pollueur payeur », même atténué (ex : en cas de force majeure), s’éloigne de la Convention CLC en canalisant toutes les responsabilités vers « l’armateur ou titulaire de l’usage ou exploitation de l’engin naval au moment auquel se produit le fait générateur de la pollution ».

 

La limitation de responsabilité.

Le Titre VII du PL est consacré exclusivement à la limitation de responsabilité. Concernant ce qui fait l’objet de cette note, il convient uniquement de signaler que le PL suit le modèle établit par le Protocole de 1996 à la Convention de Londres de 1976 sur la limitation de responsabilité (art. 422), déclarant son application indépendamment du fait que la responsabilité puisse être recherchée lors d’une procédure judiciaire civile, sociale, pénale, ou même administrative. Concernant les sommes maximales de limitation, il convient de noter que le PL établit des limites de responsabilité spéciales pour les navires et les embarcations dont le tonnage est inférieur à 300 tonnes (art. 429.2), ces limites étant conformes à la réserve effectuée à ce sujet par l’Espagne lors de la ratification du protocole en 1996. Enfin, il importe de signaler que le PL tend à considérer comme une condition nécessaire pour alléguer le droit à la limitation, la constitution préalable du fonds de limitation (art. 433).

 

Assurance maritime.

Nous nous en remettons ici entièrement à l’article spécial qui fut publié dans le numéro exclusif de Actualidad Jurídica en hommage au Professeur D. Rodrigo Uría González. Il nous faut uniquement rappeler que face au très fort caractère impératif de la loi 50/80, relative au contrat d’assurance, applicable au contrat d’assurance terrestre et au contrat d’assurance général, les dispositions du PL en matière d’assurance maritime se distinguent par leur caractère supplétif et par l’application du principe d’autonomie de la volonté, à l’exception d’hypothèses exceptionnelles.

 

Spécificités procédurales.

Sous cette dénomination, le Titre IX du PL, se consacre à réguler la saisie conservatoire de navires (suivant les dispositions de la Convention de Genève de 1999, que l’Espagne n’a toujours pas ratifiée), la vente forcée de navires, la procédure de limitation de responsabilité pour des créances maritimes ou la procédure spécifique en matière d’égarement, de subtilisation ou destruction du connaissement d’embarquement. Concernant la régulation de la saisie conservatoire, il convient de noter que ladite mesure consistera en l’immobilisation du navire dans le port du lieu de situation (avec toutefois certaines réserves compte tenu du fait qu’il s’agit de la saisie conservatoire de navires espagnols à la requête de créanciers dont la résidence habituelle est fixée en Espagne), substituant la condition du fumus boni juris de la loi de procédure civile espagnole par la « simple allégation » de l’une des créances maritimes énumérées à l’article 500 (art. 500.2), et présumant de l’existence du periculum in mora (art. 506). Par ailleurs, la juridiction compétente sera celle, au choix du demandeur, disposant d’une compétence objective pour connaître de la prétention principale, ou celle du port ou lieu de situation du navire, ou encore, celle du port ou du lieu de situation du prochain accostage.

La régulation de la procédure tendant à limiter la responsabilité pour des créances maritimes constitue une nouveauté toute particulière, corrigeant une lacune de l’ordre juridique espagnol. Compte tenu du renvoi que la Convention de Londres de 1996 effectue au droit interne en matière procédurale, entre autres normes, le PL attribue la compétence juridictionnelle à la juridiction commerciale de première instance connaissant déjà de toute réclamation particulière présentée contre le titulaire du droit à la limitation (art. 521), réitère la nécessité préalable de constitution du fonds de limitation pour celui qui invoque le droit à la limitation (art. 522.1), son administration séparée de la procédure principale (art. 522.2), la teneur de la demande de constitution du fonds de limitation (art. 524) ou la nomination d’un commissaire liquidateur (art. 527).